Pas assez de femmes dans la cybersécurité ? Est-ce irrémédiable ?

 

Le secteur de la cybersécurité ne comporte que 11% de femmes. Il existe donc un véritable manque de mixité posant problème à l’heure de la transition digitale. En effet, comment faire face à ces transformations si plus de la moitié de la population ne s’y intéresse pas ou s’y interdit l’accès ?

Quelques chiffres

 

La situation actuelle revêt une dimension que l’on pourrait qualifier de dramatique. En effet, dans la fonction numérique, la cybersécurité est doublement sinistrée. Il y a 30 ans, il y avait environ 30% de femmes dans le secteur. Aujourd’hui, les métiers du numérique à connotation technique ne comportent que 15% de femmes. Et si rien ne change, ce chiffre passera à 10% dans les prochaines années.

En effet, dans les cycles de formation IT et numériques des grandes écoles et des écoles d’ingénieurs, on ne compte aujourd’hui que 12% de femmes. Les mêmes filières à l’université n’en comptent que 10% et les BTS ou IUT n’en comportent que 8%. Ces chiffres de l’enseignement supérieur vont se retrouver dans l’entreprise et l’industrie digitale à horizon de 10 ans. La situation tend donc à se dégrader.

Trois parcours féminins dans la cybersécurité

 

Cette présentation est animée par trois professionnelles de la cybersécurité, exposant chacune son parcours et ses constats personnels.

Aurélie Michaud

 

Aurélie Michaud de la Société Générale a été diplômée d’une école de commerce dans les années 2000. À cette époque, un important besoin de recrutement existait dans ce secteur et de nombreux postes en IT se sont ouverts. Cela a permis de changer le type des profils, augmentant l’employabilité de profils issus de la biologie ou l’agroalimentaire par exemple, afin de répondre à ce besoin.

Environ 85% des métiers de demain viendraient du digital et nécessiteraient un nouvel élargissement des compétences, intégrant des profils divers. Il importe donc de recruter des femmes avec des parcours différents, issues de filières diverses et de les former en interne.

Anne Souvira

 

Anne Souvira a été nommée chef de la BEFTI (Brigade d’enquêtes sur les fraudes aux technologies de l’information) en 2008. À l’époque, elle ne disposait d’aucun passé en informatique, puisqu’elle a réalisé ses études en économie avant les années 2000. Rentrée dans une profession considérée comme un métier d’hommes, Anne Souvira a dû dépasser les stéréotypes.

Le problème du numérique correspond au stéréotype selon lequel les sciences et le numérique conviennent davantage aux hommes qu’aux femmes. De ce fait, ces dernières se l’interdisent elles-mêmes selon un principe d’autocensure malgré de nombreuses opportunités dans la gouvernance, les postes techniques, l’ingénierie, ou encore la gestion de projets.

Il existe aujourd’hui 57% de femmes à travers le monde. Or, si 85% des futurs emplois sont dans le digital, le manque de femmes risque de confronter l’économie globale à un problème de nature démographique.

Nadège Reynaud

 

Nadège Reynaud est ingénieur ; elle est diplômée depuis 14 ans. À l’époque, sa promotion comportait 25 personnes, dont 4 femmes. En enseignant à l’université en 2017, elle a comptabilisé exactement les mêmes proportions dans sa promotion.

En arrivant dans le monde du travail, elle a pu constater que les équipes mixtes étaient pourtant beaucoup plus efficaces que les effectifs à dominante soit masculine soit féminine. En situation de crise, les équipes mixtes fournissent davantage de créativité et d’innovation. La mixité est donc un enjeu majeur en entreprise.

Quelles sont les conséquences pour les entreprises et l’industrie du numérique ?

 

Les conséquences économiques du manque de femmes dans les entreprises et l’industrie du numérique sont importantes, à commencer par le manque de collaborateurs et de talents de haut niveau pour piloter la transformation digitale. De fait, les sociétés peinant à recruter ces profils manquent de compétitivité alors même qu’elles évoluent au sein d’un marché très concurrentiel. D’où un manque de croissance, et une diminution de la création d’emploi à moyen long terme.

Il s’agit également d’un problème de nature sociétale. À l’heure des algorithmes et de la digitalisation, il n’est pas possible de se contenter de solutions numériques pensées, développées et gouvernées exclusivement par des hommes. La mixité est essentielle à la cohésion de la société.

Mais ce constat n’est cependant pas inéluctable, car ces chiffres ne concernent que l’Occident. Cette vision des métiers numériques comme étant masculins est avant tout occidentale.

Au Moyen-Orient et dans d’autres régions du monde où la place de la femme est plus discutable, ces métiers sont considérés comme féminins parce qu’il s’agit de professions d’intérieur, qui ne nécessitent pas de force physique. C’est donc un problème culturel et un mode de pensée à redéfinir, sans pour autant revenir en arrière.

Comment y remédier ?

 

Il importe de réfréner les stéréotypes personnels et de faire de la pédagogie au niveau de l’enseignement secondaire. Ce sont les parents et les enseignants qui éloignent les femmes des métiers digitaux de manière inconsciente. Les filles et les femmes sont sujettes à un sentiment d’illégitimité et ont moins confiance en elles.

Pour ce faire, des actions sont entreprises notamment par le CIGREF (Club informatique des grandes entreprises françaises). Depuis 8 mois, l’organisme a donné l’impulsion à une démarche globale de mise en avant des bonnes pratiques à grande échelle, matérialisée par le site femmes-numerique.fr. Cette démarche repose sur trois piliers :

  • Un collectif d’associations (50 associations)
  • Un support financier (42 entreprises)
  • Un cadre institutionnel (Secrétariat d’Etat au numérique)

L’objectif est de se rendre dans les classes, d’agir lors de stages au collège et d’informer les lycéennes et les étudiantes. Ceci afin de faire prendre conscience à tous les niveaux que les métiers du digital sont les métiers d’avenir.

Intervenants : Henri D’AGRAIN, CIGREF ; Aurélie MICHAUD, SOCIETE GENERALE ; Nadège REYNAUD, LVMH et Anne SOUVIRA, PREFECTURE DE POLICE DE PARIS

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