Conférence plénière des Assises : quels sont les liens entre Nature et Systèmes d’Information ?

L’invité de cette conférence est Alain Baraton, jardinier en chef du domaine national de Trianon et du Grand parc de Versailles. Il évoque une conception de la nature comme un monde interconnecté et son métier qui consiste à veiller à la continuité, l’harmonie et la durabilité d’un joyau de l’art architectural et de l’Histoire des jardins.

Les grands jardiniers de l’époque moderne et la transmission de l’information

Selon Alain Baraton, André Le Nôtre n’est pas l’inventeur du « jardin à la française », mais il a créé le Parc de Versailles, le Jardin des Tuileries et de Vaux-le-Vicomte. L’objectif du jardinier en chef est de faire perdurer l’œuvre de Le Nôtre et de faire de la jardinerie une activité moderne, créatrice d’emplois et suscitant des vocations.
Le Nôtre n’était pas convaincu de la nécessité de transmettre son savoir, que ce soit par l’écriture ou par la formation d’apprentis. Il n’a pas non plus créé d’école et tous ses collaborateurs faisaient partie de sa famille. Il a finalement laissé peu de traces, si ce n’est d’avoir conçu un jardin pour l’un des plus grands rois de l’Histoire.
Il existait en revanche un second jardinier à Versailles dont on parle peu, à savoir Jean-Baptiste de la Quintinie, créateur du potager du roi. Cet homme a créé une école, des techniques nouvelles et a écrit une méthode de taille d’arbres fruitiers. En résumé, un système d’information à l’échelle de son temps.
La Quintinie a lutté, en son temps, pour l’élévation du mur d’enceinte du potager afin de limiter le pillage des récoltes. Il faisait donc déjà de la sécurité périmétrique avant l’heure. Il fut aussi le premier à se rendre compte que les légumes mettaient en place des mécanismes de défense face aux agressions. Une première analogie avec les ordinateurs peut dès lors être établie, puisque la nature se construit en réseau.
Les plantes agressées ont en effet la capacité de transmettre l’information au reste de l’écosystème environnant. Par exemple, le fraisier se reproduit par des tiges aériennes qui donnent naissance à de nouveaux pieds. Lorsque des limaces s’attaquent aux jeunes plants, le pied mère est capable de le ressentir et transforme la structure de sa sève pour la rendre plus appétissante que celle de sa progéniture. Elle est alors attaquée à sa place, et lui permet de prospérer.

Quelles sont les analogies entre la nature et les systèmes d’information ?

Les métiers de la protection des systèmes d’information doivent classifier ces informations pour proportionner les niveaux de sécurité. Les plantes, quant à elles, hiérarchisent l’importance des différentes couches de leurs fruits.
Par exemple, seuls les pépins de la pomme sont véritablement utiles à la reproduction de l’arbre. Mais si ce fruit est si épais et si délicieux, c’est pour éviter que les pommes tombant au pied produisent de jeunes plants qui risqueraient d’étouffer l’arbre mère ou que celui-ci ne les empêche de pousser. Concrètement, la chair des pommes ne fait pas que protéger les pépins des becs d’oiseaux et des intempéries, mais vise à séduire les animaux.
L’homme, par exemple, ramasse les pommes tombées au sol et s’éloigne pour les manger à plusieurs centaines de mètres, avant de rejeter les pépins là où un nouvel arbre peut se développer sans aucun problème.
Par ailleurs, tout comme les systèmes d’information, les plantes sont capables de transmettre des renseignements, des données sous une forme différente. Certains acacias sont par exemple devenus toxiques pour se protéger face aux herbivores.
En générant du gaz d’éthylène, ces variétés sont en mesure de prévenir d’autres bosquets à des centaines de mètres. Ces acacias qui n’ont pourtant jamais été grignotés par le moindre mammifère deviennent à leur tour capables de produire des feuilles toxiques. Les systèmes d’information végétaux sont donc performants.

Agressions, résilience et innovation

La notion de mauvaise herbe n’existe plus vraiment en jardinerie. On parle désormais davantage de plantes non désirées qu’il convient de supprimer avec sélection, intelligence et parcimonie. Exactement de la même façon que la protection des systèmes d’information, à travers une analyse pointue des données.
Si par le passé, le métier de jardinier consistait notamment à tuer quantité de petits animaux ou de plantes indésirables, les jardiniers d’aujourd’hui mettent en œuvre des méthodes plus raisonnables qui visent à respecter l’équilibre du jardin, l’association entre les animaux, champignons, virus et bactéries. On ne parle plus non plus désormais de pesticides, mais de produits phytosanitaires systémiques, sémantique dont la racine se rapproche des systèmes d’information.
Une autre analogie entre les systèmes d’information et la nature a pu être envisagée par le passé, à savoir faire du « world wild web » (www) le « wood wild web ». Internet peut effectivement être rapproché des plantes à travers une logique d’interconnexion et la présence de racines, de filaments sur les végétaux.
L’intervention humaine gagnerait, dans le cas des végétaux, à être plus raisonnable. En effet, la déforestation amazonienne a par exemple des conséquences climatiques désastreuses puisqu’elle ne retient plus suffisamment des ouragans désormais dévastateurs en Amérique.
L’éclairage public et le réchauffement climatique, de leur côté, altèrent la photosynthèse. Or, les plantes ont besoin d’une très longue période d’adaptation. Le cactus par exemple, s’est progressivement équipé d’épines pour à la fois remplacer les feuilles et économiser l’eau, se protéger de l’appétit des animaux et faire tourbillonner le vent de telle sorte que le refroidissement soit accéléré. Il lui aura fallu pour cela plusieurs dizaines de milliers d’années.
Les plantes s’adaptent donc sur le long terme, la question du réchauffement climatique et de la lumière nocturne, fruits de l’intervention humaine, vont donc poser de sérieux problèmes à court terme.
L’analogie entre nature et systèmes d’information peut se poursuivre avec le château de Versailles lui-même. Versailles a en effet toujours été un lieu de technologie par excellence, puisque Louis XIV ne s’est pas contenté d’y placer des arbres ou des tableaux. Il a notamment lancé un grand appel à la population afin de trouver des solutions pour amener l’eau sur le domaine, initialement éloigné de toute source profuse (telle que la Seine pour le Louvre).
Louis XV, de son côté, en a fait un lieu où la botanique était respectée comme une science à part entière. Sous Louis XVI, ce sont principalement les arts premiers tels que la serrurerie, inspirés par l’Encyclopédie, qui étaient valorisés. De nos jours, les systèmes d’information constituent la première préoccupation du domaine, car elle permet de gérer les flux, ainsi qu’un grand nombre d’autres problèmes. Versailles a donc toujours été un précurseur en matière d’appels d’offres et de créativité.

Intervenant : Alain BARATON, JARDINIER EN CHEF DU DOMAINE NATIONAL DE TRIANON ET DU GRAND PARC DE VERSAILLES

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